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Crise migratoire : l’Italie submergée par un afflux massif de migrants

Crise migratoire : l’Italie submergée par un afflux massif de migrants

DÉCRYPTAGE – La péninsule italienne est en proie à des arrivées massives de migrants sur ses côtes. L’état d’urgence nationale y a été proclamé.

«Un gouvernement d’extrême droite incapable de régler les problèmes migratoires sur lesquels Mme Meloni a été élue»  et avec lequel on voit que, contrairement à ce qu’elle avait promis en campagne, «l’immigration ne s’arrête pas et (…) s’amplifie». Les propos du ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à l’encontre du gouvernement italien sont-ils autre chose qu’un bien maladroit procès?

L’intéressée a attendu plusieurs jours pour répondre: «Je conseille la prudence sur le fait d’utiliser les autres gouvernements pour régler ses comptes de politique interne, car c’est une chose qui ne se fait pas.»

D’autant que la péninsule proche de la Libye et de la Tunisie se trouve en proie à des arrivées massives sur ses côtes – quatre fois plus en 2023 qu’en 2022 – sur lesquelles elle a peu de prises: Rome s’attend à devoir accueillir 200.000 entrées par la mer cette année, ce qui serait un record. Actuellement, sur dix personnes qui arrivent en Europe par la mer, près de huit arrivent en Italie.

La commissaire européenne pour les Affaires intérieures, Ylva Johansson, vient elle-même de reconnaître que «l’Italie est soumise à une énorme pression migratoire qu’elle gère plutôt bien» se référant à la proclamation de l’état d’urgence nationale. «Cela aide l’Italie à améliorer les conditions d’accueil, ce qui est absolument nécessaire vu le nombre élevé des arrivées.»

«Des familles entières déshydratées»

Mais le point critique n’est pas tant le nombre d’arrivées que le profil des arrivants, très différents de ceux qui arrivaient en 2017. Chiara Cardoletti, la représentante pour l’Italie du HCR, explique que «des familles entières déshydratées, des enfants non accompagnés, des handicapés arrivent éreintés à l’issue d’un parcours très difficile, et dans de très mauvaises conditions sanitaires».

«Face à cela, les centres d’accueil italiens, à commencer par l’île de Lampedusa qui accueille 70% des arrivées, sont mal équipés pour les accueillir et évaluer leur situation réelle.» Aussi, si l’Italie connaît bel et bien des difficultés à gérer ce flux, c’est parce que les migrants sont plus vulnérables. Mais aussi au profil plus complexe que le laisse supposer l’opposition binaire réfugié contre migrant économique. «Les Africains du sud du Sahara qui viennent de Tunisie et de Libye étaient au départ des migrants économiques qui avaient l’intention de rester en Afrique», explique Flavio Di Giacomo de l’OIM.

«Du reste, 90% des migrants se déplacent à l’intérieur de l’Afrique. Mais en Libye, plus encore qu’en Tunisie aujourd’hui, ils ont en général été violentés, battus, torturés et ils ont vu certains se faire tuer par des personnes qui agissent en toute impunité. Aussi, s’ils viennent aujourd’hui en Italie, c’est pour se sauver eux-mêmes. Mais il y a aussi une nouvelle population du Bangladesh, du Pakistan, de Guinée, de Côte d’Ivoire, qui hier ne demandait pas la protection de l’asile et la demande aujourd’hui. Alors que cela change la nature du problème pour l’Italie, Rome a grand besoin de l’Europe pour y faire face.»

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Le Figaro

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